Exposition "Cités-jardins d'île-de-France. Une certaine idée du bonheur"

Découvrez l'interview de Marie-Pierre Deguillaume, directrice du MUS à Suresnes et commissaire de l’exposition «Cités-jardins d’Île-de-France. Une certaine idée du bonheur», à voir à partir du 17 octobre jusqu'au 2 juin 2019.

Pouvez-vous nous présenter brièvement le MUS et nous expliquer les origines du concept de cité-jardin ? Quels sont les liens entre votre musée et la cité-jardin de Suresnes ?

Le MUS a ouvert ses portes en juin 2013 dans l'ancienne gare de Suresnes-Longchamp. Consacré à l'histoire de la ville de Suresnes, il met en avant l'urbanisme social des années 1920/1940 autour des cités-jardins et plus particulièrement celle de Suresnes. Il est aussi le point de départ pour la découverte lors de balade urbaine de la cité-jardins et de son appartement patrimonial restituant un intérieur ouvrier des années 1930. Le concept de cité-jardins, "garden city" conçue par Ebenezer Howard  en Angleterre dès 1898, propose un modèle inédit d'urbanisation mêlant les avantages de la campagne et ceux de la ville. Ce modèle sera proposé en France au début du XX° siècle par Georges Benoît Levy. Sa vision de la cité-jardins est très large, incluant "tout ensemble d'habitations constitué d'une surface importante d'espaces libres et doté des institutions visant l'animation de la vie communautaire".

Les cités-jardins françaises vont très vite s'éloigner du concept original anglais dans leur implantation. Elles ne s'installent pas en rase campagne mais prennent place sur les terrains vacants des villes limitrophes de Paris. Logement collectif et logement individuel (environ 1/5 des habitations) se côtoient pour offrir une densité de population relativement faible où toutes les catégories sociales de salariés sont représentées. Par ailleurs, quel que soit le type d'habitat et la taille du quartier, les espaces naturels individuels et collectifs, privés et publics, sont omniprésents. Des équipements sont implantés spécifiquement. Les modes de circulations diversifiés, offrent une distribution propre à chaque cité-jardins et permettent le cheminement des habitants des axes principaux vers des voies résidentielles singularisées par une implantation arboricole et des décors architecturaux uniques.

Pourquoi une exposition sur les cités jardins d’Île-de-France, y-a-t-il une spécificité francilienne de celles-ci ? Pourquoi le sous-titre « Une certaine idée du bonheur » ?

Le MUS présente le projet urbain et social de la cité-jardins de Suresnes et les 15 cités-jardins de l'Office des habitations à bon marché du département de la Seine créé par Henri Sellier en 1915 et maire de Suresnes de 1919 à 1941. D'autres cités-jardins sont créées par l'Office de la Seine-et-Oise et différents maîtres d'ouvrage. Il nous a semblé important de recenser avec le concours des membres de l'association régionale des cités-jardins d'Ile-de-France les cités-jardins franciliennes de la plus petite à la plus complète. Léon Jaussely en 1919 avait prévu lors du concours pour le projet d'aménagement et d'extension de Paris la construction de cités-jardins dans le futur "Grand Paris". Ces constructions ont été accompagnées par la mise en place d'un projet social, éducatif et culturel au sein de ces cités-jardins marqué par une volonté de bien-être, de santé et d’épanouissement des habitants d'où le sous-titre de l'exposition "une certaine  idée de bonheur". Cet idéal social est traduite dans l'exposition par des photographies et des témoignages des premiers arrivants, des familles ancrées dans ces quartiers et des locataires ayant vécu les réhabilitations.

Cité-jardin de Suresnes

 

La cité-jardin est un lieu vivant toujours habité, comment a-t-il su se renouveler, s’adapter à son époque, à sa localisation ? Actuellement nous entendons beaucoup parler d’écoquartiers peut-on faire un lien entre ces derniers et la notion de cité jardin ?

Les cités-jardins sont du patrimoine habité. Le modèle est revisité à l'heure actuelle par les urbanistes et les architectes. Abandonné après la deuxième Guerre mondiale, il a été redécouvert et constitue une source d'inspiration importante pour penser les nouveaux quartiers dont font partie les Ecoquartiers. Ces espaces urbains prennent en compte les enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Les caractéristiques des cités-jardins sont réutilisées : végétal omniprésent, circulations douces favorisées, mélange entre logements collectifs et individuels, présence d'équipements.

Quelle est la valorisation touristique de ce type de patrimoine ? Il y a-t-il vraiment des touristes qui viennent ? Travaillez-vous en réseau avec d’autres cités jardins ?

Les cités-jardins sont l’objet de visites et la fréquentation de ces dernières croît au fil des années. Plaine Commune et Suresnes ont largement contribué à leur valorisation par la création à Stains d'un lieu d'interprétation et à Suresnes par l'ouverture du MUS/Musée d’Histoire Urbaine et Sociale de Suresnes. La création en 2015 de l'association régionale des cités-jardins d'Ile-de-France et du Printemps des cités-jardins ont renforcé cette offre touristique et la connaissance des cités-jardins. Lors du Printemps, les visiteurs se voient proposer un programme de visites et animations dans de nombreuses cités-jardins en plus de celles proposées toute l'année par le MUS. Des visites peuvent être couplées et porter sur des thématiques spécifiques. Lors de la prochaine édition en 2019, l'art sera au coeur des visites.

La cité jardin de Suresnes comme celle de Vanves viennent d’être labellisées « Patrimoine d’intérêt régional ». Que représente cette labellisation pour vous ? Quelles sont vos attentes ?

Cette labellisation est la reconnaissance de l'intérêt de sauvegarder et valoriser ce patrimoine habité. Elle va permettre de sensibiliser encore plus les décideurs sur la nécessité de conserver ce patrimoine et de le rendre accessible à un large public. Cette labellisation va permettre aux bailleurs d'avoir des aides financières pour leur rénovation et leur valorisation.

Quels sont les dispositifs de médiation spécifiques et de valorisation mis en place pour cette exposition ?

Nous avons étroitement travaillé avec le service des publics du MUS qui a suivi de près les étapes de création de l’exposition. De telle sorte que dès la phase d’écriture, un regard spécifique au contenu a pu être apporté et des dispositifs de médiation ont été imaginés. L’exposition rend compte de la diversité des cités-jardins,  nous voulions donc que le public se saisisse de cette multitude de façon ludique et à son rythme. Pour cela, au centre de l’exposition, une carte interactive recensant toutes les cités-jardins connues en Ile-de-France permet de revenir, pour ceux qui le souhaitent,  à une approche géographique comme un voyage numérique en région. A côté de la table tactile, les visiteurs peuvent construire leur propre carnet de voyage grâce à des dessins à colorier et en libre-service représentant des concepts urbains associés à des cités-jardins majeures. Dans cette optique de souligner la diversité des cités-jardins, de grandes mosaïques de photographies ponctuent la scénographie. Sur ces fresques, imaginées comme des espaces de découverte, des affirmations à confirmer ou infirmer permettent aux visiteurs de tester leurs connaissances. Un parcours de questions est réservé au jeune public ainsi qu’un jeu pour imaginer sa cité-jardins. Enfin, l’exposition se termine par la reconstitution d’un appartement tel qu’on pouvait en trouver dans une cité-jardins des années 1930. Ces dispositifs sont mis en place dans l’optique de proposer aux visiteurs une exposition vivante et conviviale, renforcée par une programmation tout au long de l’année destinée à tous types de publics. Des activités familles sont proposées, permettant aux parents et enfants de découvrir ensemble ou indépendamment l’exposition puis de se retrouver en atelier pour s’amuser autour des cités-jardins.

Pour les adultes,  un cycle de soirées-débats ouvre la thématique des cités-jardins à des problématiques contemporaines. Une soirée spéciale sera notamment consacrée  aux différentes adaptations du concept en Europe grâce à l’intervention de chercheurs espagnol, allemand et anglais. Pour deux soirées nous laissons aussi la parole à des étudiants, de l’Ecole Bleue spécialisé dans le design et l’architecture d’intérieur et l’Ecole d’urbanisme de Paris (EUP).  Avec l’EUP, un colloque est d’ailleurs en cours de construction pour fêter le centenaire de la loi Cornudet, prémices des lois de planification urbaine et fondatrice dans le développement des cités-jardins. Cette journée d’étude aura lieu le 18 avril au MUS. Cette programmation vient enrichir notre programmation annuelle qui valorise déjà le patrimoine des cités-jardins comme lors de la Nuit des Musées ou du Printemps des cités-jardins qui pour sa 8e édition, du 11 au 26 mai 2019, aura pour thématique l’art. L’occasion pour les nombreuses cités-jardins participantes de valoriser leur patrimoine et leur vie culturelle. En complément, une campagne de communication sur les panneaux d’affichage de la RATP sera active en décembre ce qui étendra notre communication à l’échelle départementale