Nouvelle publication sur Ecouen

Écouen, un balcon sur la plaine de France - est le titre de la nouvelle publication éditée dans la collection régionale Patrimoines Île-de-France. Entretien avec un des auteurs, Judith Förstel, conservateur du patrimoine à la Région Île-de-France.

Dans quel cadre avez-vous réalisé cette étude sur la ville d’Ecouen ?  

L’inventaire d’Ecouen a été mené conjointement par le service Patrimoines et Inventaire de la Région Île-de-France et par le CAUE du Val d’Oise, en 2016 et 2017. Nous avons arpenté les rues de la ville pour établir une typologie de l’habitat, et nous avons confronté les données issues de l’observation de terrain à la documentation fournie par la bibliographie et par les archives. Le livre qui paraît aujourd’hui permet de restituer au public les résultats de cette enquête. C’est le fruit d’un travail d’équipe : l’ouvrage bénéficie aussi d’une couverture photographique professionnelle qui constitue l’une des spécificités de l’Inventaire, et qui met en valeur les charmes du patrimoine écouennais.

La ville d’Ecouen est surtout connue pour son château Renaissance édifié pour le connétable Anne de Montmorency. Pouvez-vous nous expliquer quel rôle ont joué les Montmorency dans le développement du bourg ? Quelles traces reste-t-il aujourd’hui ?

Effectivement, c’est aux Montmorency que l’on doit le superbe château qui domine le bourg et qui abrite aujourd’hui le Musée national de la Renaissance. Les Montmorency sont un vieux lignage francilien, dont la présence à Ecouen est attestée depuis le XIe siècle. Ils sont restés les principaux seigneurs d’Ecouen jusqu’à l’exécution d’Henri II de Montmorency en 1632 (Richelieu l’accusait de comploter contre le roi). Par la suite, Ecouen a été donné à sa demi-sœur et a fini par passer aux Condé. Jusqu’à la Révolution, ces seigneurs ont joué un grand rôle dans le développement du bourg. Ils ont notamment fait reconstruire l’église paroissiale, et l’ont ornée de très beaux vitraux Renaissance, où l’on voit encore leurs portraits. Au pied du château se trouvait aussi la ferme seigneuriale, où l’on entreposait le produit des impôts (c’est aujourd’hui la mairie d’Ecouen). Enfin, une grande partie du territoire est toujours occupée par la forêt, qui servait de réserve de chasse.

© Région Île-de-France. Laurent Kruszyk. 2018.

Pourquoi le sous-titre « un balcon sur la plaine de France » ?

Parce que le bourg et son château sont construits à flanc de coteau, pour profiter de la vue sur la plaine de France. C’est sans doute pour contrôler cette plaine, qui donne accès à Paris, que les Montmorency se sont installés ici au Moyen Âge. Et bien des siècles plus tard, c’est pour la même raison qu’un fort a été construit sur la butte d’Ecouen, dans les années 1870. Outre ce rôle stratégique, la vue sur la plaine de France a aussi conduit de nombreux Parisiens à s’installer en ce lieu, à l’image du connétable Anne de Montmorency dont le château est délibérément orienté en fonction de la topographie : les appartements les plus prestigieux, destinés au roi et à la reine, sont situés au nord, pour profiter de la vue sur la plaine.

Peut-on encore parler d’une ville de villégiature, comme en témoigne la description d’Ecouen en 1905 dans le Guide du Touriste d’Octave Beauchamp : « Aussitôt Sarcelles franchi, le pays qui s’est fait de moins en moins banlieusard devient soudain ravissant et le nombre de voyageurs que le train laisse à Ecouen atteste qu’il y a là un centre recherché de villégiature » ?

A vrai dire, la part des résidences secondaires est infime aujourd’hui… Mais ce passé de « maisons de campagne » est encore très présent dans le paysage urbain : de nombreuses maisons présentent les caractères de l’architecture de la villégiature, avec toutes les fantaisies qu’elle se permettait dans les années 1900. Et à propos de cette résidence « aux champs », j’en profite pour dire un mot d’une particularité d’Ecouen un peu oubliée aujourd’hui : dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le caractère pittoresque du bourg a attiré plusieurs peintres qui venaient pour saisir sur le vif des scènes de la vie rurale, dans un style naturaliste. Bien sûr ils sont beaucoup moins connus que les peintres de Barbizon, mais leurs œuvres ont été assez appréciées en leur temps, notamment par les Américains. On peut voir dans la ville les grandes verrières de leurs ateliers, il y a d’ailleurs un circuit établi par la société historique des « peintres d’Ecouen », que l’on peut suivre à travers le bourg.

Quel est l’intérêt d’un telle étude pour la compréhension de ce territoire, notamment le Pays de France ?

Ecouen est très représentatif de ces bourgs nés du riche terroir du pays de France, avec son cœur encore très rural, fait de petites maisons disposées en cours communes, de sentes et de jardins. Cet habitat paysan souvent modeste n’est pas toujours en très bon état aujourd’hui, mais il constitue un marqueur fort du passé de la ville, et du territoire dans son ensemble : le pays de France a toujours été réputé pour la qualité de ses terres. L’autre élément structurant me semble être l’ancienne route de Paris à Amiens, dont le tracé a varié au fil de l’histoire, mais qui a toujours constitué un axe très important pour Ecouen comme pour le reste du pays de France.

© Région Île-de-France. Laurent Kruszyk. 2018.

Dossier de presse Ecouen.pdf
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