La gare de Javel, à Paris, labellisée Patrimoine d'intérêt régional

La Gare de desserte de l’Exposition universelle de 1900 conçue par l'architecte Juste Lisch, dans le 15e arrondissement de Paris, a reçu le label Patrimoine d'intérêt régional en avril 2021.

La gare de Pont-Mirabeau, puis Javel-André-Citroën, puis Javel, a été construite lors de l’extension de la ligne des Moulineaux en 1897, afin de desservir l’Exposition Universelle de 1900.
Elle est la seule restante parmi les quatre stations créées par Juste Lisch (1828-1910) pour la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest et mises en service en 1900 : Pont de l’Alma, La Bourdonnais, Pont de Grenelle et Pont-Mirabeau.
Toutes répondaient au même programme architectural : gares-ponts, d’inspiration rationaliste, imitation de pagodes chinoises rappelant les pavillons de l’événement qu’elles desservent. Elles s’inscrivent ainsi dans la lignée des gares conçues par le célèbre architecte ferroviaire : la gare de Courcelles-Ceinture (1869), également détruite, et la gare du Champs-de-Mars (1878). Cette dernière, déplacée à Asnières-sur-Seine, est en cours de reconversion (Inscrit MH 1985).

Seule la gare de Javel est encore en exploitation (RER C). Sa fréquentation s’élève à environ 3.350.000 voyageurs annuels, ce qui la classerait parmi les gares d’intérêt international. Localisée en bord de Seine, elle s’inscrit dans le programme de l’Exposition Universelle (1900), l’architecture Léon Le Thorel ayant fait du fleuve « l’artère » desservant l’évènement.
Il s’agit d’une « gare-pont », sur tranchée ouverte, agencée – par souci d’économie d’espace – de manière à ce que le bâtiment des voyageurs enjambe les rails et donne accès aux quais situés en contrebas. Il présente ainsi un corps central à usage de vestibule, flanqué de deux ailes ouvertes sur les escaliers. Dans la continuité de son maître Henri Labrouste, soucieux d’affirmer la noblesse des matériaux industriels, Lisch affiche la structure en fer puddlé assemblée par rivets, la remplit de panneaux céramiques colorés à motifs géométriques et végétaux. On retrouve ces motifs sur les corbeaux métalliques des toitures débordantes. Si les escaliers ne sont pas d’origine, et si l’on déplore la disparition de l’horloge comme de la marquise, le bâtiment voyageurs se distingue par son très bon état de conservation et la parfaite lisibilité de son espace intérieur grâce à la restauration de 1980.
Les abris de quai, également en fer puddlé riveté, proviennent de la gare disparue du Pont de l’Alma (1900).
Au nord, la seconde passerelle métallique (1900) offre un point de vue exceptionnel sur la gare et la Tour Eiffel. 

Recherche historique et patrimoniale réalisée par Laura Fromentin (Université Gustave Eiffel, Master Diagnostic historique et aménagement urbain) sous la direction de Nicolas Pierrot.
Etude préalable SNCF-Gares & connexions / AREP, février 2014.

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Photos :
Panneau de céramiques à motifs géométriques et floraux remplissant la structure métallique en (fer puddlé) rivetée de l’édifice © AREP / Photographe : Claude Le Breton, 2021
Structure métallique et remplissages céramiques du vestibule © AREP / Photographe : Claude Le Breton, 2021
Détail des corbeaux ornementaux en fer puddlé, reliant la structure de la façade à la charpente métallique © AREP / Photographe : Claude Le Breton, 2021