Hommage à François Petit

L’équipe du service Patrimoines et Inventaire souhaite rendre hommage à François Petit, premier directeur et créateur de la Maison de Banlieue et de l’Architecture d’Athis-Mons, qui nous a quittés récemment. Plusieurs expositions et publications avaient été réalisées avec sa collaboration.

Salutations culturelles Petit François !

François Petit, plus qu’un collègue et qu’un ami, « c’était tout un poème », dont la petite musique va cruellement nous manquer. Les nombreux hommages qui lui ont été rendus par le monde du patrimoine et des musées saluent d’abord son humanité avant d’en venir à ses qualités professionnelles.

Il se trouve que ces qualités humaines précisément n’ont cessé de nourrir et d’irriguer ses convictions professionnelles, qu’elles ont forgées à coup d’amour et de solidarité. Et il en fallait de la conviction, de l’amour et de la solidarité pour contribuer à ériger au rang de patrimoine cette architecture de banlieue stigmatisée, angle mort du patrimoine, distinguée longtemps du bout des lèvres. Avec les écomusées de Fresnes, de Saint-Quentin- en-Yvelines et bien d’autres mais pas tant que ça non plus, nous formions, un clan, une bande d’originaux qui n’avaient pas d’autre alternative que de se « serrer les coudes » pour convaincre de la profondeur historique, sociale et de tout l’intérêt architectural de la banlieue.
Lors de la création des 9 de Transilie, la Maison de banlieue et de l’architecture d’Athis-Mons a immédiatement répondu présent. Lorsque la Fédération des écomusées et des musées de société a ouvert ses statuts aux centres d’interprétation du patrimoine, François Petit nous a rejoints sans délai. Il trépignait à la porte depuis un certain temps car ses valeurs correspondaient en tous points aux nôtres, forgé à l’éducation populaire, militant culturel impénitent ; il était né et avait grandi des dynamiques associatives et citoyennes.

Ces témoignages, qui affluent, saluent d’abord l’ami qui part, l’ami qui va manquer et qui ne sera pas remplacé. La mort d’un ami a toujours quelque chose d’obscène, nous écrit Marc Casteignau.
François, ce personnage atypique dans le monde de la culture et des musées, ce poil à gratter volontiers irrévérencieux : « François, c’est un grand coup de pied dans la fourmilière du conformisme muséal » (Marc Goujard), « la garantie du fou rire dans les moments les plus solennels » (Valérie Perles), « l’exotisme de l’humour et des contrepèteries » (Benoit Poitevin) dans le champ du patrimoine.
En référence au prestigieux label du ministère de la culture Villes et pays d’art d’histoire, il préférait celui des Villes d’art modestes et d’histoires simples. Son travail à la Maison de banlieue consistait, comme il se plaisait à le dire, à réduire l’écart qui existe entre l’œuvre et les publics. L’œuvre, ici, c’était le territoire, inachevé et en constante mutation de la banlieue parisienne. « Quant à nous, nous voulons continuer de parler de la banlieue comme on parle de la météo sur France 3 Paris IDF, tout simplement, sans préjugés, géographiquement. » (in Le patrimoine de la banlieue existe-t-il ? Actes de la journée d’étude à l’écomusée du Val de Bièvre, 2 fév 2010, cit p.50)

Ce sens de la formule qui chez lui était une forme d’art, mais surtout un redoutable outil de conviction et de pédagogie, s’égrenait au fil des nombreuses expositions qu’il a réalisées : « Sept ptites tours et puis s’en va » (la Croix Blanche à Vigneux-sur-Seine, 2009), « Je plonge, tu trempes, il barbote, nous nageons… » (Baignades et bassins en Essonne, 2010), «  Des ensembles assez grands » (les Grands Ensembles de l’Essonne), et bien sûr le merveilleux « Quand on est mort, c’est pour la vie » (les cimetières de l’Essonne, 2004).

Mais François, c’était aussi le collectionneur d’objets avec des cerfs et des Saint-Sébastien. Tout lui, cette synthèse du sauvage et du sublime, de l’anecdote et du fondamental, du futile et du symbolique, de l’ordinaire à l’extraordinaire…. Le sens de sa vie tient peut-être dans ce chemin improbable de l’un à l’autre. François aurait aimé, je crois, qu’on dise de lui que c’était un homme de culture. Alors je lui dédie ces paroles de Jean-Luc Lagarce qui ont été, sans doute, écrites à son intention : « Les lieux de l’art et de la culture peuvent nous éloigner de la peur et lorsque nous avons moins peur, nous sommes moins mauvais. (…) Garder en réserve, toujours, au milieu des défaites, la légère ironie de la victoire. Inversement aussi, j’allais dire ! Accepter de se regarder soi pour regarder le monde, ne pas s’éloigner, se poser là au beau milieu de l’espace et du temps, oser chercher dans son esprit, dans son corps, les traces de tous les autres hommes. » (in Du luxe et de l’impuissance. Les Solitaires intempestifs, 2008 p.8, 18, 56)

François, aujourd’hui et pour longtemps, tu es posé là, ici, au milieu de l’espace et du temps, au milieu de nous. Et à partir de maintenant nous faisons nôtre ton expression favorite : salutations culturelles !

Julie Corteville,
Cheffe du service Patrimoines et inventaire, présidente d’honneur de la Fédération des écomusées et musées de société, membre fondateur des 9 de Transilie
25 janvier 2021

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Parmi les publications menées en collaboration avec François Petit, l'ouvrage Les portes de l'Essonne, Athis-Mons et Paray-Vieille-Poste a été publié en 2004 (Auteur : Brigitte Blanc / Photographies : Philippe Ayrault. Collection Images du patrimoine, Lieux-Dits Editions). 

De véritables lieux de mémoire identitaire sont révélés au travers de cet ouvrage. De la grange canoniale de Mons à l’ancien château de Mademoiselle de Charolais, des maisons de villégiature du coteau aux premiers cabanons du plateau, du Val d’Athis reconstruit après le bombardement de 1944 à la maison de l’environnement d’Orly, autant de témoins de plus de quinze siècles d’histoire. Voici l’histoire locale insérée dans le développement de la région : grands domaines morcelés et lotis, arrivée du chemin de fer, Reconstruction de l’après-guerre, grands ensembles, implantation de l’aéroport d’Orly, autant de jalons de l’expansion urbaine des XIXe et XXe siècles, autant de phénomènes qu’il fallait mettre en lumière.
Les habitants de la nouvelle communauté de communes des Portes de l’Essonne, vont ainsi découvrir, ouvert pour inventaire, le premier volume d’une anthologie du patrimoine architectural et mobilier, ancien ou récent, étudié, analysé par une équipe de l’inventaire général. Illustrés des plus belles photographies de Philippe Ayrault, commentés par les textes remarquablement documentés de Brigitte Blanc, Paray-Vieille-Poste et Athis-Mons acquièrent ainsi leurs lettres de noblesse patrimoniale.
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François Petit a également apporté son soutien à d'autres publications comme Juvisy-sur-Orge, un territoire, des réseaux (Auteur : Antoine Le Bas, préface de Denis Woronoff / photograhies : Philippe Ayrault, Collection Cahiers du patrimoine, Lieux Dits Editions, 2007)
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