L'Ile-de-France, un autre patrimoine : la trilogie de la villégiature

La villégiature s'est développée en Île-de-France dès le règne d'Henri III, jusqu'à devenir la norme de la société bourgeoise au XIXe siècle. Un univers symbolique et éloquent présenté par Roselyne Bussière, conservatrice en chef du patrimoine, dans l'ouvrage "L'Île-de-France, un autre patrimoine". Découvrez-en un extrait.

L’ouvrage "L'Île-de-France, un autre patrimoine" s'appuie sur 40 années de recherche à l'inventaire général, et invite à découvrir ou redécouvrir les mille et une facettes du patrimoine francilien : ses églises gothiques et ses châteaux Grand Siècle, mais aussi ses aérogares, ses stades, ses cités-jardins et ses villes nouvelles, en passant par ses paysages de bord de Seine ou ses villages de caractère, qui ont inspiré les grands peintres du XIXe siècle. Découvrez tous les mois un extrait de chaque thématique abordée dans l’ouvrage. 
 

Vue, calme et sociabilité, la trilogie de la villégiature

Villégiature, ce terme désuet qui fait davantage penser à la comtesse Greffulhe qu’aux vacances de Monsieur Hulot, est la traduction de « villegiatura, de l’italien villegiare, aller à la campagne. Séjour que les personnes aisées font à la campagne pendant la belle saison ». L’Italie est donc en filigrane de cette pratique dont les caractères sont en place dès l’époque romaine. Une maison belle, mais sans folie des grandeurs, installée sur un site panoramique, entourée par la nature sur laquelle elle s’ouvre par des loggias à portiques, des terrasses, des jardins suspendus. La Renaissance reprend ces fondamentaux : la campagne, la vue, le jardin, les loisirs qu’illustrent les villas romaines, florentines puis vénitiennes.

La nécessité du séjour à la campagne ne se conçoit que dans une société où l’élite est urbaine, et en France il faut attendre le règne d’Henri III et la sédentarisation de la cour à Paris pour voir apparaître les nouvelles « maisons aux champs », « maison de plaisance », ou « maison de campagne ». L’Île-de-France, irriguée par les élites parisiennes, en offre un riche catalogue qui s’enrichit au fur et à mesure que cette pratique se généralise jusqu’à devenir la norme de la société bourgeoise du XIXe siècle, du moins pour qui veut afficher son statut.

Dans un premier temps, très sûrs d’eux et confortés par l’approbation des Grands, les architectes français, à de très rares exceptions près, affichent une manière française fondée sur l’art de la distribution. Les maisons de plaisance du XVIIIe siècle sont donc de purs chefs-d’œuvre français. Mais dans la seconde moitié du siècle, la vague du retour à l’antique entraîne les architectes vers de nouveaux horizons et la maison de campagne devient une villa. Débarrassée du carcan de l’architecture classique française, elle s’adonne à la libre fantaisie. Les folies en sont la partie la plus spectaculaire, mais la quête d’originalité fait voyager aussi dans le temps ou dans l’espace ; on trouve alors des villas que Palladio n’aurait pas reniées, des chalets montagnards, le « genre gothique », « mauresque », des pagodes chinoises, des « cottages anglais », des maisons allemandes…Cette architecture rêvée, parfois éclectique et pittoresque, souvent colorée grâce à l’emploi de la meulière, la pierre francilienne par excellence, et de céramiques ornementales de fabrication locale, n’est jamais extravagante. Elle reste mesurée, marquée par le goût pour la tradition française qui perdure aussi dans le château Louis XIII en brique et pierre, encore très prisé, et qui donne lieu à de nombreuses citations, de la crête de toit en plomb au faux pavillon d’angle avec haute toiture d’ardoise.

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Photo : Vue du château de Champs-sur-Marne depuis les jardins (c) Jean-Bernard Vialles, Région Ile-de-France