Regard du chercheur - Aux sources de l'Ile-de-France

Pourquoi l’Île-de-France porte-t-elle ce nom ? A quoi correspond exactement cette " Île-de-France " ? Judith Förstel, conservatrice du patrimoine à la Région Île-de-France, revient sur son origine et ses spécificités. Découvrez un extrait de son article publié dans la récente publication "L'Île-de-France, un autre patrimoine".

L’ouvrage L'Île-de-France, un autre patrimoine s'appuie sur 40 années de recherche à l'inventaire général, et invite à découvrir ou redécouvrir les mille et une facettes du patrimoine francilien : ses églises gothiques et ses châteaux Grand Siècle, mais aussi ses aérogares, ses stades, ses cités-jardins et ses villes nouvelles, en passant par ses paysages de bord de Seine ou ses villages de caractère, qui ont inspiré les grands peintres du XIXe siècle. Découvrez tous les mois un extrait de chaque thématique abordée dans l’ouvrage. 

Aux sources de l’Île-de-France

Bien que l’Île-de-France soit volontiers perçue et présentée comme une terre d’innovation et de modernité, elle est aussi riche d’un héritage pluriséculaire qui contribue à façonner son identité singulière. Un peu éclipsée par l’éclat de la capitale, elle n’en jouit pas moins d’une histoire et d’un patrimoine remarquables, mais souvent méconnus. À quoi correspond donc exactement cette « Île-de-France » que beaucoup identifient vaguement à la région parisienne, sans en connaître très bien l’origine ni les spécificités ?
 

La plus énigmatique des régions françaises ?

Son nom étonne les Franciliens eux-mêmes et laisse les étrangers si perplexes qu’on préfère souvent lui substituer celui, plus parlant, de « Paris region ». Quelle est donc cette « île » perdue en plein milieu des terres ?
Bien des hypothèses circulent à son sujet. Certains y voient un dérivé du francique « liddle Franke » (« petite France ») ; d’autres, une image du domaine royal des premiers Capétiens, enserré tel une île entre de puissants fiefs : le comté de Champagne, le comté de Blois-Chartres, le comté de Vermandois, le duché de Bourgogne, le duché de Normandie…
Mais à interroger de plus près les sources, on s’aperçoit que ce nom d’« Isle de France » n’est apparu qu’à la fin du Moyen Âge, alors que la langue des Francs était depuis longtemps oubliée et que l’autorité des rois de France avait largement débordé des étroites frontières du « vieux domaine » féodal.
Ce n’est en effet que dans les années 1430 que s’est répandu l’usage de ce toponyme, qui désignait alors plus spécifiquement un territoire compris entre trois cours d’eau : la Marne, la Seine et l’Oise. De là, sans doute, l’idée d’une « île » partiellement entourée par les eaux.
Telle est encore la configuration que lui donne, à la fin du XVIe siècle, la première carte un peu précise de L’Isle de France. Parisiensis agri descriptio (description de la campagne de Paris), dessinée par François de La Guillotière et parue en 1598 dans le Theatrum Orbis Terrarum d’Ortelius, puis reproduite dans de nombreux autres atlas. On peut mettre cette représentation cartographique en rapport avec la première définition que l’on ait de l’« isle de France », à lire dans La (sic) Guide des chemins de France, une description de l’ensemble du royaume publiée par Charles Estienne en 1552 :
« L’isle de France contient ce qui est depuis sainct Denys dict en France, jusques a Roissy et Montmorency : et generalement le contenu entre les revolutions et sinuositez de la riviere de Seine, vers la Normandie d’un costé, et la Picardie de l’autre. »
Mais ce sens originel s’est peu à peu effacé au profit d’une acception plus large, couvrant l’ensemble de la région parisienne. À la fin de l’Ancien Régime, l’« Isle de France » a définitivement pris rang parmi les provinces du royaume : elle avait alors son « gouvernement », circonscription militaire en forme de croissant, très étendue vers le nord (Soissons, Laon, Noyon, Beauvais) ; et aussi sa « généralité », longtemps appelée « généralité de Paris », mais qui a pris le nom de « généralité d’Île-de-France » à la veille de la Révolution. Là encore, les contours de cette circonscription, gérée par un intendant, n’étaient pas exactement ceux de notre région actuelle, mais ils la préfiguraient.
C’est en référence à cette province d’Ancien Régime que l’on a décidé, en 1976, de donner le nom d’Île-de-France à ce que l’on avait dans un premier temps appelé la « région parisienne » (1956) puis le « district de la région de Paris » (1959). Ainsi renaissait l’Île-de-France, après la tentative révolutionnaire d’oblitérer les terroirs au profit de la Nation. Ses limites sont toutefois demeurées soumises au découpage départemental institué en 1790, puisque la région d’Île-de-France est issue du regroupement de trois départements : la Seine, la Seine-et-Oise et la Seine-et-Marne. Seule cette dernière existe encore aujourd’hui ; les deux autres ont été remaniées en 1965, pour aboutir à la configuration actuelle des huit départements franciliens : Paris (75), les Hauts-de-Seine (92), la Seine-Saint-Denis (93), le Val-de-Marne (94), et plus loin, la Seine-et-Marne (77), l’Essonne (91), les Yvelines (78) et le Val d’Oise (95).


Une région au cœur de l’histoire de France

L’Île-de-France est donc une région parmi d’autres, mais pas tout à fait comme les autres : elle est depuis des siècles la « région-capitale », et ce statut particulier s’est d’ailleurs exprimé dans le nom qu’elle portait à l’époque féodale.

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Photo : Carte de l'île-de-France dessinée par François de la Guillotière, publiée pour la première fois en 1598 (extrait).
Médiathèque Luxembourg (Meaux), Fonds Endrès.