Rencontre avec le Labo des histoires, partenaire du concours Patrimoines en poésie

Depuis 2018, le Labo des histoires est partenaire du concours Patrimoines en poésie. Cette association, qui milite pour la démocratisation de l’écriture en tant que forme d’expression, organise et anime pour le concours de nombreux ateliers sur le territoire francilien. Rencontre avec les trois directrices des antennes franciliennes : Marine Noé, Amélie Edoin et Elsa Pellegri.

En quoi consite l'action du Labo des histoires ?

Le Labo des histoires est une association créée en 2011, qui œuvre pour la promotion de l’écriture chez les jeunes de moins de 25 ans. Nous proposons ainsi des ateliers d’écriture gratuits et ouverts à tous, animés par des professionnels de l’écriture (auteurs, poètes, scénaristes, slameurs…) et organisés en partenariat avec des structures variées : établissements scolaires, hôpitaux, structures sociales, établissements culturels…. Nous proposons également des sessions de sensibilisation et de formation à l’animation d’ateliers d’écriture. Enfin, nous construisons des ressources documentaires pédagogiques autour de thématiques variées : l’œuvre de Boris Vian, la satire, l’adaptation en roman graphique du Journal d’Anne Frank, l’océan…

D'où vient cette volonté d'initier le jeune public aux formes d'écritures ?

Notre activité est née du constat suivant : contrairement à ce qui existe pour d’autres formes artistiques telles que le théâtre ou la musique, il n’existait pas de lieu où des enfants ou adolescents aimant écrire pouvaient le faire en groupe et en étant accompagnés par des professionnels. Nous avons ensuite étendu notre activité à ceux, parmi les enfants et les jeunes, qui n’auraient pas spontanément été vers ce type d’activité, mais auxquels cela pouvait beaucoup apporter. En effet, un atelier d’écriture est un espace d’ouverture, de bienveillance, de partage, où les enfants et les jeunes peuvent s’exprimer librement, reprendre confiance en eux et développer leur créativité.

En quoi est-il pertinent de mêler, à travers le concours, sensibilisation à la poésie et au patrimoine  ? 

Mêler sensibilisation à la poésie à partir de monuments du patrimoine, connus ou moins connus, permet de proposer aux enfants un point de départ concret pour explorer la poésie, qui peut sembler ardue de prime abord. Grâce à l’accompagnement de professionnels et à une approche ludique, la création poétique est désacralisée et leur semble plus accessible. Enfin, comme nous organisons ces ateliers dans de nombreuses villes franciliennes, cela permet de mettre en valeur des éléments connus et moins connus du patrimoine et de faire découvrir aux enfants la richesse de leur environnement quotidien.

Comment se concrétise le partenariat ?

Les premières années de notre collaboration, nous avons surtout proposé des ateliers pendant les Journées européennes du Patrimoine, au sein des lieux partenaires, comme le Musée de la Grande guerre de Meaux (77), le Château de la Madeleine à Chevreuse (78), la Maison Jean Cocteau à Milly-la-Forêt (91), le musée du Jouet à Poissy (78), le Musée d’histoire vivante à Montreuil (93), l’Institut de France à Paris. Comme cela ne nous semblait pas toujours suffisant pour accompagner les enfants jusqu’à la finalisation de leur poème, nous avons ensuite choisi de fonctionner par cycle et double partenariat, avec un lieu patrimonial d’une part, et un groupe d’enfants déjà constitué d’autre part (école ou centre de loisirs) : d’abord les enfants visitaient le lieu, puis deux à trois ateliers étaient proposés, pour qu’ils aient le temps d’explorer la création poétique, d’imaginer leur poème, le finaliser et l’illustrer. Enfin, depuis 2019, nous proposons un dossier d’accompagnement, avec des conseils pour organiser des ateliers d’écriture et quelques exemples « clé en main », centrés cette année sur les maisons d’écrivains. Cela permet à des encadrants (enseignants, animateurs socioculturels, bibliothécaires) d’organiser des ateliers d’écriture de poésie autour du patrimoine en autonomie.

Avez-vous un ou des souvenir(s) marquant(s) à partager sur cette aventure avec le concours ?

Oui ! Par exemple, un atelier en plein cœur d’un site de fouilles archéologiques (Ferme d’Ithes) en 2018 à Meré (78), organisé sous la pluie, avec nos bottes en caoutchouc. Nous avions eu de vrais petits passionnés qui allaient d’abord procéder à des fouilles puis venaient ensuite raconter avec passion leurs découvertes. Ce fut un moment de partage entre les bénévoles des fouilles, souvent âgés, et la vision des petits sur ce mystérieux passé du lieu.  Ou encore, les ateliers proposés au Château de la Madeleine : nous avions reconstitué une salle d’écriture avec plumes, sceaux, informations historiques en plein cœur des latrines du château, pour accueillir parents et enfants autour d’un moment de partage et d’écriture. Nous avions des reconstitutions historiques tout autour, avec des bénévoles en costume ; de nombreux enfants étaient venus imaginer un poème pour sublimer ce château qui reprenait vie l’espace d’une journée. Enfin, un atelier construit en partenariat avec l’Institut de France : voir les élèves de deux classes de CE2 écrire des poèmes dans deux salles des séances de l’institution, là où travaillent d’ordinaire les Académiciens eux-mêmes : un moment magique et très solennel.

Avez-vous des conseils pour les enfants qui participent à cette 5ème édition de Patrimoines en poésie ?

Le plus important, c’est de laisser s’exprimer sa personnalité, et de s’amuser ! Ne pas hésiter à choisir un lieu patrimonial méconnu, dont on se sent véritablement proche, et ne pas se laisser impressionner par la forme poétique, qui est avant tout un jeu. Les rimes ne sont pas obligatoires, ni les strophes parfaitement construites, par exemple. Il ne faut pas hésiter à incarner le lieu, à raconter une belle histoire : le poème peut prendre toutes les formes poétiques possibles (académiques ou non). Enfin, une belle illustration – dessin, peinture, collage, là aussi on peut être imaginatif – apporte toujours un vrai plus !