Les baignades en rivière d’Île-de-France

Sophie de Moustier
Cet article d’Isabelle Duhau permet de suivre l’évolution des baignades en rivière, des premiers aménagements à la piscine parisienne Joséphine-Baker, ouverte en 2006

Si l’homme se baigne depuis la nuit des temps en milieu naturel, la construction d’équipements spécifiques sur les rives de nos cours d’eau ou de nos lacs ne semble pas remonter à plus de trois siècles. Le bain public est une pratique courante dans les mondes antique ou arabe ; ceux-ci ont construit des édifices publics à cet usage au cœur de leurs villes. Notre imaginaire évoque sans difficulté les thermes romains ou les hammams orientaux.

Cependant, en Occident, la tradition du bain avait disparu (seul le bain thérapeutique restait quelquefois prescrit), la religion chrétienne rejetant la nudité et édictant des règles de pudeur strictes. Le thème mythologique de Venus au bain sert de prétexte aux artistes, dans la tradition classique, pour représenter le corps féminin nu dans un paysage champêtre. A Paris, au XIIIe siècle, on trouve le long de la Seine de rares installations stables d’étuves, dont on ne connaît pas les caractéristiques architecturales et qui disparaissent à la Renaissance, l’usage des pommades et les onguents venus d’Italie devenant la règle de la toilette. Pour ceux qui aiment l’eau, il ne reste que le bain en rivière. Le mois d’août des Très riches heures du duc de Berry (musée Condé de Chantilly) montre quelques baigneurs s’ébattant dans la Juine, tout près d’Etampes. On sait que le roi Henri IV était friand de ces bains froids qu’il pratiquait à Saint-Germain tandis que Louis XIV se baignait également à Valvins. A partir du XVIIe siècle, les Parisiens sont plus nombreux à se baigner dans la Seine, comme à la porte Saint-Bernard, mêlant un souci d’hygiène au plaisir rafraîchissant de l’eau, aux beaux jours. Leur nudité troublant l’ordre public, la nécessité d’installations spécifiques s’impose, la baignade sauvage demeurant la règle partout ailleurs dans les lieux isolés.

Les établissements de bains se multiplient au XVIIIe siècle, le naturel et l’exercice physique étant mis en avant par les nouvelles théories des Lumières et les médecins se montrant de plus en plus favorables aux bains. Ces institutions proposent baignoires et bassins collectifs mais il faut attendre la fin du siècle pour qu’apparaissent les premières écoles de natation. Dès lors, les établissements au bord de nos rivières se multiplient afin de répondre à la demande d’une pratique sportive naissante, tandis que le bain d’hygiène se replie peu à peu dans la sphère privée.